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Lutte contre l’isolement

Intervention d’Arnaud Fage le 9 Décembre lors de la Convention thématique Marine 2017 – Santé : Protéger les Français

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Bonjour à tous, je m’appelle Arnaud Fage, je suis infirmier depuis Juillet 2012, j’officie dans le département de la Vienne et réside près de Poitiers.

Après l’obtention de mon diplôme, j’ai fait le choix d’exercer dans le cadre de l’intérim afin de découvrir ou plutôt de redécouvrir plusieurs lieux de soins tel que l’hôpital, la clinique, la MAS et l’EHPAD.

Les deux premières années de ma vie professionnelle m’ayant permis d’appréhender le fonctionnement de ces diverses structures, j’ai jeté mon dévolu sur le travail exercé dans le cadre de la maison de retraite qui m’est apparu formateur sur le plan technique et relationnel malgré des limites.

Le métier d’infirmier en EHPAD est chronophage tant sur le plan physique que sur le plan psychologique mais reste passionnant.

Dans l’EHPAD ou j’exerce, nous nous retrouvons souvent seuls voir quelques fois deux pour assurer la prise en soins de plus de quatre-vingt résidents pendant douze heures.

Je vais aborder le sujet de la lutte contre l’isolement aussi bien chez les personnes autonomes que dépendantes.

En préambule il est nécessaire de définir la notion d’isolement, c’est l’état de quelqu’un qui vit souvent isolé et qui est moralement seul.

Sans excès de misérabilisme, voici quelques phrases illustrant le ressenti de personnes âgées subissant l’isolement et la solitude.

Me R : Il est six heures du matin, je ne dors plus depuis déjà une heure.

Encore une journée à passer seule.

Mr L : Le temps va être long jusqu’à ce soir. Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Je vais regarder la télé en attendant le souper.

Je n’en peux plus de cette vie, je veux partir.

Me V : Je vais dormir, c’est un bon moyen de ne pas voir le temps passer.

J’espère que ce sera la dernière fois que je m’endors.

Il existe différents type d’isolement :

– L’isolement géographique, ainsi des personnes âgées vivant en milieu rural se retrouvent, de fait, privées d’échanges et de rencontres.

Il faut souligner que l’isolement a tendance, ces dernières années, à se majorer dans les zones urbaines. On peut prendre l’exemple d’une dame âgée vivant dans une cité sensible de Clichy-sous-Bois corrobore cette situation car elle craint de passer dans le hall de son immeuble ou dealer et trafic en tout genre agrémentent la journée.

– L’isolement familial c’est à dire l’absence de proches (famille éclatée, indisponibilité, décès de conjoint).

– L’isolement physique : perte d’autonomie rendant impossible le déplacement vers des lieux de vie tels que le foyer-restaurant du village.

Nous constatons que les personnes âgées demeurent les plus touchées par la solitude et l’isolement, 1/3 des plus de 75 ans se retrouvent dans cette situation.

Il est important de souligner que l’isolement mène à la solitude, et la solitude à l’isolement.

Au cours du vieillissement, divers facteurs peuvent contribuer à l’isolement : le départ à la retraite, la perte de mobilité, la perte du réseau d’amis, la peur de devenir un fardeau pour sa famille, les troubles mnésiques, le veuvage…

Progressivement, la solitude occasionnelle devient un isolement avéré et les aidants professionnels (AV, AS, IDE) constituent, alors, l’unique vie sociale de la personne.

Il existe un autre facteur contribuant à l’isolement des personnes âgées et nous en sommes tous co-responsables : c’est l’exclusion sociale.

Depuis trop longtemps maintenant, et avec acuité, la personne âgée se voit considérée dans nos sociétés occidentales, comme improductives dont la «prise en charge» est onéreuse et dispendieuse.

Au plan psychologique, les personnes âgées connaissent une tendance plus accentuée au repli sur soi et au retrait de la vie en société.

Cependant, certaines personnes âgées s’accommodent de leur solitude tandis que d’autres la subissent.

Les Français ont pris conscience de la solitude et l’isolement de nos aînés lors de la canicule de 2003 qui provoqua plus de 15000 morts.

Les conséquences de l’isolement se font très vite ressentir auprès de nos aînés. Progressivement, la personne isolée réduit le nombre de ses sorties et ses activités, jusqu’à rester réellement seule.

Le manque de vie sociale entraîne un déficit de stimulations cognitives et sensorielles.  Celui-ci accélère les processus de vieillissement cérébral, la perte de mémoire et des capacités de réflexion, allant jusqu’à des atteintes possibles des capacités de repérage dans le temps et l’espace.

Le psychisme est également ébranlé. La personne se sent abandonnée, des sentiments de plus en plus négatifs se manifestent : dépréciation de soi, sentiment d’être inutile, incapable, de ne plus intéresser personne. Le repli sur soi s’intensifie, les forces intérieures se délitent et une spirale négative s’enclenche.

Physiquement, la personne peut-être mal en point, fatiguée, souffrante, se nourrissant mal et dormant mal. A ce stade, la dépression de la personne âgée rôde et risque de survenir. Elle se caractérise par :

  • Une tristesse et une apathie persistantes,

  • Une perte d’intérêt pour soi-même se traduisant par la malnutrition, l’oubli des prises de médicaments, une hygiène négligée,

  • Une forte angoisse,

  • Des symptômes divers tels que douleurs inexpliquées, troubles de la mémoire, irritabilité, agressivité,

  • Des pensées suicidaires, dans les cas les plus difficiles.  Toutes catégories de populations confondues, le taux de suicide en France est le plus élevé chez les plus de 65 ans.

Heureusement, l’isolement des seniors n’est pas une fatalité.

Des solutions existent pour lutter contre l’isolement des personnes d’un age avancé :

– Financement d’associations organisant des visites de convivialité au domicile des personnes âgées et isolées afin de maintenir le lien social, établir un contact.

Proposer aux personnes âgées des jeux, de la lecture, des promenades, de dialoguer.

– La mise en place d’un plan de financement destiné à créer un réseau de transport permettant aux personnes âgées de s’absenter de leur domicile pour se rendre, par exemple, au repas des aînés, aux réunions des anciens dans le but de les ramener à la vie sociale.

– Mettre un terme à la fracture numérique en formant les personnes d’un age avancé à l’utilisation de l’ordinateur. L’exemple d’une personne âgée éloigné de 400 km de son fils, peut être aisément amoindri si elle maîtrise l’outil skype car elle acquiert l’habitude, via l’écran de l’ordinateur de communiquer avec lui au cours de la semaine.

– Passage d’aides à domicile veillant au confort physique et moral des personnes âgées.

-Poursuite de l’investissement dans la téléassistance

– Recourir au portage de repas

L’isolement n’est pas inéluctable.

Il est urgent d’agir afin de briser ce cercle néfaste ponctuant la vie de millions de nos compatriotes.

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